Plus de guerre pour moins de pétrole !

L’attribution du prix Nobel de la paix à Al gore pour son travail à choquer beaucoup d’observateurs. Ceux-ci s’interrogent sur le rapport entre ressources et guerres, pour ma part ce qui me m’étonne c’est que l’on pose cette question. Depuis la nuit des temps, les hommes font la guerre pour voler à leurs voisins les richesses dont ils disposent. Et aujourd’hui, alors que le pétrole et l’eau s’épuisent au même rythme que la banquise fond, on s’interroge sur le lien entre ressources et guerres ! Certains ont vraiment le sens de l’humour ou des connections neuronales qui feraient passer le bulot des îles pour un génie.

Logo dessin pétrole et guerre

I. Énergie : les guerres de demain.

A) Panne sèche.

Alors que mille explications conjoncturelles fantaisistes sont apportées pour justifier la hausse du prix du pétrole, l’explication structurelle la plus crédible est écartée : l’épuisement des ressources pétrolières. Le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite, le plus gros gisement de pétrole au monde sur lequel repose tous les espoirs de croissance de la production mondiale de pétrole, semble ne plus vouloir répondre au caprice de la demande exponentielle depuis 2006. De même, le plus gros champ pétrolier du Mexique, Cantarell, a connu une baisse de production brutale depuis 2004. Le deuxième champ pétrolier au monde, le champ de Burgan au Koweït aurait lui aussi atteint son pic de production depuis peu, la production pétrolière de la mer du nord baisse déjà depuis 1999, enfin la liste des pays qui ont atteint leur pic de production pétrolier est de plus en plus longue et laisse de moins en moins de place au doute.

B) Duel de géant.

En apparence, personne ne s’inquiète du pic de production du pétrole. Pas de panique, pas de stock pétrolier faramineux, pas de rush pétrolier, mais derrière cette hausse du prix du litre d’essence, une guerre discrète et néanmoins violente a lieu pour les derniers barils de pétrole disponibles.
D’un point de vue politique, deux champions s’opposent :

  • Le champion d’hier : Les USA qui, depuis deux siècles, ont toujours su prendre les virages stratégiques importants.
  • Le champion de demain : La Chine, qui au delà de son milliard trois cent millions d’habitants, est surtout capable de construire une politique à très long terme. Et ça peu de pays sont aujourd’hui capables de le faire.
  • Il y a deux «challengers» : l’Inde qui a une nécessité vitale d’énergie pour sa croissance et la Russie que l’on oublie un peu vite mais qui bâtit pourtant son retour autour de l’énergie.

Ne vous y trompez pas car même si leur guerre est discrète, elle n’en est pas moins brutale, et leur seule règle demeure l’absence totale de règles.

C) Monde économique en ébullition.

Les compagnies pétrolières sont en première ligne dans cette guerre pour de nouvelles ressources. Elles ne sont pas toujours conscientes des enjeux globaux, mais bien au fait cependant de la difficulté de trouver de nouvelles ressources. Ainsi, elles forent massivement les derniers champs pétroliers accessibles.
Accessible techniquement : Les nouvelles ressources sont de plus en plus complexes à exploiter et donc de plus en plus chères. Il est facile à concevoir qu’un baril, que l’on va chercher à 2 kilomètres sous la mer ou 6 kilomètres (offshore ultra profond) sous la terre, va coûter plus cher qu’un baril extrait sur terre après un simple forage. L’investissement change d’échelle, on passe des millions de dollars aux milliards de dollars.
Accessible politiquement : le problème pour une partie des compagnies pétrolières est d’avoir le soutien politique nécessaire pour s’aventurer sur les derniers territoires où des ressources sont encore disponibles. C’est le cas des pays aux climats géostratégiques à haute tension dans lequel même une multinationale peut perdre jusqu’à son dernier « bouton de culotte » tellement la tectonique des plaques entre ces géants est puissante. Ces derniers barils de pétrole ont toutes les chances d’être une malédiction pour les pays qui possèdent ces dernières réserves mondiales.

II. Un pas de plus vers le chaos.

a) Convoitise.

Depuis la nuit des temps, la première raison pour faire la guerre à son voisin reste la convoitise : hier convoitise de l’or ou de la nourriture, aujourd’hui convoitise du pétrole. Le lien entre guerre et ressources n’est pas nouveau mais risque d’être, encore un peu plus qu’hier, à l’origine de nombreuses guerres pour contrôler les derniers champs pétroliers et les axes stratégiques nécessaires à leur transport. Pas de grande guerre comme la guerre froide l’a imaginé, mais des petits conflits régionaux toujours plus nombreux, affaiblissants encore un peu plus de nombreux états déjà en situation critique. Ceci va considérablement augmenter le chaos alors que le problème de la production d’énergie s’ajoute à d’autres problèmes majeurs comme celui de l’eau, de la pollution sur fond de croissance de la population mondiale.

b) De la théorie à la pratique.

Pour demain, encore un peu plus qu’aujourd’hui, une réflexion théorique « minimum » est nécessaire pour ne pas s’opposer à une tendance majeure, et si possible la suivre. Je suis tous les jours étonné par la quasi naïveté de la vision à long terme de nombreux industriels et gestionnaires. L’analogie qui me semble la plus appropriée est celle de l’apparition du chemin de fer ou de l’automobile et de ceux alors qui continuaient à croire à l’avenir de la traction animale.
Aujourd’hui le virage est aussi important. Le pétrole est encore présent, mais la production va se tarir petit à petit, les guerres se multiplier dans les pays producteurs et les nouvelles ressources pétrolières seront de plus en plus chères à extraire. Ainsi, le monde de l’énergie va être considérablement modifié et le monde économique subira un impact énorme. Les six dernières années étaient celles des précurseurs, les années à venir sont celles des suiveurs et après viendra celles de la masse. Il sera alors trop tard ! Si vous étiez dans le train au départ ce n’est pas le moment de descendre, si vous l’avez loupé c’est le moment de monter, en effet il n’y aura pas de troisième arrêt.

Il y a quelques années je passais pour un illuminé en annonçant un baril de pétrole à plus de 80 dollars ! L’objectif est atteint. Je maintiens que c’est juste la première étape, ce n’est pas un sommet. Vous avez le choix entre construire le monde autour de vos décisions ou prendre les décisions à partir de ce qu’est vraiment le monde, c’est-à-dire avec de moins en moins de pétrole, de plus en plus de consommateurs, des prix en hausse, de plus en plus de guerres et un big bang économique en construction pour retrouver un équilibre énergétique.
Pour conclure, il me semble que cette citation est particulièrement adaptée à la situation :
Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.

Charles Darwin
Ceci n’est qu’un avis et donc à consommer avec modération, faites vos propres recherches.

Dr Thomas Chaize

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