Le prix du pétrole et EROEI

Le pétrole conventionnel est un pétrole qui a subit un cycle complet de formation et qui est stocké dans une roche réservoir « accessible » (Si ce réservoir est à 4 000 mètres de profondeur, sous l’arctique ou sur la lune cela n’est plus du pétrole conventionnel). Depuis quelques années, la hausse de la production mondiale de pétrole (de liquide pour être précis) cache la baisse de la production de pétrole conventionnel. Où est le problème : pétrole conventionnel ou non conventionnel si cela fait avancer ma voiture !
Pas si simple, le pétrole non conventionnel coute beaucoup plus cher à produire que le pétrole conventionnel, en dollars (ou de n’importe quelle autre devise) et surtout en énergie (beaucoup plus grave).

I. Pétrole et l’EROEI

Quand une banque prête de l’argent pour un projet elle cherche, naturellement, à connaître sa rentabilité. Pour faire court, elle prête de l’argent et mesure la rentabilité du projet avec ce que cela peut générer, logique (IRR : Rate of Return).
Faisons la même chose avec le pétrole : mesurer la production de pétrole et la comparer au pétrole investi. L’outil existe, c’est L’EROEI (Energy Returned On Energy Invested ou Taux de Retour Energétique en français). C’est le ratio de la quantité d’énergie utilisée par rapport à la quantité d’énergie produite. Si le chiffre est inférieur à 1 c’est que vous avez consommé plus d’énergie que n’en produira le projet. En clair, si vous consommez deux barils pour un produire un cela n’est pas rentable!

II. un peu d’histoire de l’EROEI.

Il y a 150 ans, vous pouviez creuser un trou à la pelle en Pennsylvanie, éponger le pétrole avec quelques vieux chiffons et produire seul du pétrole. En 1930, vous ne pouviez plus le produire seul car vous aviez besoin d’effectuer un forage de plusieurs centaines de mètres pour atteindre le pétrole. Pour Cutler Cleveland, de l’université de Boston, en 1930 il fallait  utiliser un baril de pétrole (énergie, acier, transport, travail…) pour produire cent barils de pétrole conventionnel (EROEI de 100). En 1970, il faut partir dans le golf persique et pour un baril de pétrole vous en produisez vingt à trente (EROEI de 20-30). Aujourd’hui vous devez partir au large du Brésil, voir même en Antarctique et pour un baril de pétrole vous produisez huit à dix barils (EROEI 8-10).  Pour le pétrole non conventionnel le ratio est encore plus faible. Par exemple, pour les sables bitumineux le ratio tombe entre huit et cinq, voir à deux pour certains auteurs. Cela n’a finalement pas beaucoup d’importance de consommer plus de dollars ou  d’euros pour produire du pétrole, c’est dans l’ordre des choses avec la croissance exponentielle de la masse monétaire. Ce qui compte vraiment, le cœur du problème, c’est le rapport entre l’énergie consommée et l’énergie produite. Le jour où il faudra deux barils pour en produire un, même à 1000 000$ le baril, cela ne marchera plus. La véritable question n’est pas combien de dollars pour un baril (« no limite » vue la vitesse à laquelle augmente la masse monétaire) mais combien de baril pour un baril !

III. La tendance de l’EROEI du pétrole.

L’EROEI est un calcul théorique sujet à débat, observons juste la tendance : nous consommons de plus en plus d’énergie pour produire un baril pétrole (si vous ne devez retenir qu’une chose de ces lignes c’est celle-ci). Cette tendance confirme ce qui est observé partout de façon empirique. En 1960, la production off shore représentait 10% de la production mondiale, aujourd’hui plus de 30%. Dans les années 70, la profondeur des forages étaient de quelques centaines de mètres, aujourd’hui nous sommes à l’off shore ultra profond avec 2 ou 3 km de colonne d’eau… Les couts de développement sont tellement élevés que même les « supermajor » sont obligées de s’associer pour y faire face.

Voila pourquoi le prix du pétrole est structurellement, définitivement, dans un super cycle haussier, petit à petit, année après année il faut consommer toujours plus d’énergie pour produire la même quantité de pétrole. C’est une « tendance manifeste », il est généralement préférable de ne pas si opposer.

Le graphique du prix du pétrole depuis 1986

Le prix du pétrole depuis 1986

IV. Ou investir dans le pétrole et l’énergie, la vrai question.

La vrai question depuis presque 10 ans (+/- 2005), n’est plus « faut-il investir dans le secteur pétrolier ?» mais comment faire : Junior ou supermajor, pétrole conventionnel ou pétrole de schiste ? Gaz naturel ou pétrole, Uranium ou charbon, barrage hydraulique ou éolien, solaire ou géothermie, Centrale au charbon ou gaz naturel, Forage onshore ou offshore, quelle répartition des actifs, combien de temps, de réserves, de risques politiques ?
Attention,  une fois la tendance identifiée, il n’existe malheureusement pas de recette miracle , pour paraphraser Peter Lynch, qui est à l’investissement ce que Rockefeller est au pétrole : «Investir est un art, pas une science ».

Chaque investisseur ou gérant doit chercher sa solution en fonction : du temps d’investissement (court, moyen, long ou très long terme), des risques, de l’effet de levier, de la diversification, des capitaux, de sa psychologie…
Il existe des « méthodes » que l’on peut répartir en deux grands courants :
1° l’analyse fondamentale (approche comptable (investisseur) : Warren Buffet, Peter Lynch, Ralph Wanger…),
2° l’analyse technique (approche psychologique (trader)).
(Vous avez aussi l’efficience des marchés qui consiste à dire qu’il n’y a aucune méthode possible, approche universitaire…).
L’efficacité de ces méthodes tient plus de l’expérience et de l’habilité de son utilisateur que de la méthode en elle-même.

Mais quelque soit le support, la méthode et votre expérience, si vous suivez la bonne tendance vous augmentez considérablement vos chances de réussite…

Dr Thomas Chaize

Ce contenu a été publié dans Energie, Pétrole, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *