L’avenir du pétrole

Il y a quelques années, je vous ai parlé d’une possible hausse des prix des carburants, de la livre d’uranium, du gaz naturel, aujourd’hui un petit bilan s’impose.
Pour résumer la situation actuelle, les sources d’énergie ont connu une grande vague de hausse puis une baisse *1.
La grande question est de savoir comment interpréter cette vague de hausse et sa correction.
Il existe deux approches :

  • Vague de hausse passagère : avec des origines conjoncturelles (guerre, spéculation…)
  • Vague de hausse définitive : c’est une première vague de hausse qui en annonce beaucoup d’autres, un changement de tendance majeur avec des origines structurelles (pic mondial de production).

Si l’on explique cette vague de hausse d’une façon ou de l’autre cela n’a absolument pas les mêmes conséquences pour l’investisseur *2.

Avenir du pétrole dessin

I. La hausse du prix du baril de pétrole, temporaire ou définitive.

A. Où va le prix du baril de pétrole ?

Le prix de l’énergie est très fortement lié à celui du pétrole, et le flot continu d’informations nous pousserait à croire que le prix du baril de pétrole à pour origine des crises géopolitique et d’obscurs hedge fund. Cependant, il y a toujours eu des guerres dans les pays producteurs de pétrole (c’est la malédiction des pays pétroliers) et les hedge fund sont souvent l’explication facile à chaque nouvelle hausse du prix des ressources naturelles.

B. Le réservoir d’hydrocarbure se vide.

La deuxième solution pour expliquer cette vague de hausse, c’est de la considérer comme un signal de changement de tendance majeur du à une facteur structurelle comme le pic de production mondial de pétrole. Ceci signifie alors que 80 dollars n’est pas un prix maximum pour le baril de pétrole, mais la première vague de hausse du prix du pétrole. Les guerres et la spéculation en sont les conséquences, non l’origine.

C. Le pic de production.

L’idée de changement de tendance sous entend finalement l’acceptation de l’approche du pic de production mondiale de pétrole.
Durant le 20ème siècle, quand la demande mondiale de pétrole augmentait, la production s’adaptait et répondait aux besoins, ce n’est plus possible aujourd’hui, du moins plus pour longtemps. Maintenant la production de pétrole ne peut plus répondre à la demande exponentielle de la croissance économique mondiale. Cette approche est jugée comme hérétique par la plupart des économistes, qui avancent souvent cet argument un peu candide « le pic de production aujourd’hui, IMPOSSIBLE, la hausse du prix du pétrole remettrait en cause la croissance mondiale »….
L’argument suivant est « les géologues trouveront une solution » sous entendus la science résoudra le problème, mais cela relève plus de l’incantation mystique que d’une quelconque réalité *3 .

II. La hausse continue du prix du pétrole et ses conséquences.

A. Hausse du prix de l’énergie.

Je pense que chaque individu est capable d’accepter une quantité maximum de changement, au delà d’un certain seuil, l’ensemble est refusé d’un seul bloc.
Mes premiers sujets sur le prix du pétrole annonçaient une hausse du prix du baril à 48 dollars, 60 dollars, 80 dollars le baril de brut. Il est aujourd’hui tout aussi facile d’annoncer une prochaine vague de hausse à 100, 110 dollars le baril, que vous seriez probablement prêts à accepter.
Mais si je vous soutiens l’hypothèse du pic de production imminent, vous risquez probablement de croire que j’ai passé trop de temps au soleil sans chapeau. Les bouleversements que cela implique sont trop importants, et vous rejetterez probablement avec, l’idée d’un baril de pétrole à 100, 110 dollars.

B. Le monde change.

Je n’ai nullement l’espoir de convaincre aujourd’hui avec mes quelques lignes. Néanmoins si vous suivez régulièrement l’actualité internationale, en écartant les interprétations aussi surprenantes que contradictoires, et gardez l’essentiel, vous trouverez tous les jours dans les décisions des grands acteurs mondiaux la confirmation de ce scénario, et petit à petit cette hypothèse vous semblera possible.
Hormis l’Europe, qui a autant de clairvoyance énergétique qu’un troupeau de zébus atteints de cécité collective, toutes les grandes puissances actuelles et émergentes ont une stratégie énergétique évidente. La plupart des décisions, qui semblent incohérentes, prennent tout leur sens sous la lumière des ressources naturelles.

C. Les conséquences.

Les conséquences sont immenses et dépassent les limites de notre imagination. Le prix bas du pétrole est le point le plus important du développement économique, et c’est l’étendue de ces conséquences qui rend ce scénario difficile à accepter, mais qui n’en remet pas pour autant en cause la validité.

III. Un nouveau monde.

A. Nouvelle approche de l’énergie.

Pendant tout le 20éme siècle, c’est l’économie qui a imposées ses conditions aux ressources naturelles, pour le 21éme siècle, c’est l’économie qui va être obligée de s’adapter aux contraintes énergétiques. L’avenir, c’est la maîtrise de l’énergie de la production à la consommation, nous produisons et consommons encore aujourd’hui l’énergie de façon archaïque. Les futurs bons investissements seront les acteurs de ses changements dans la production et la consommation d’énergie *4.

B. La course aux ressources.

Le problème de demain pour l’économie *5 est le prix de l’énergie (maîtriser la consommation) et préserver une livraison régulière et suffisante (se garantir un approvisionnement en pétrole minimum et diversifier ses ressources d’énergies).
La guerre actuelle autour de l’énergie et des ressources, n’a plus uniquement pour objet de s’assurer des prix bas pour l’énergie, mais aussi une disponibilité à très long terme.
C. l’investisseur.
La fin de l’ère du pétrole pas cher, me semble, la tendance la plus importante que doit suivre un investisseur dans les 10 prochaines années. Pour les arts martiaux, si ton adversaire est plus fort et qu’il te pousse tu dois tirer, si il te tire tu dois pousser.
Personne ne peut plus rien changer à la hausse du prix du pétrole, ce qui compte c’est de l’anticiper et de suivre cette tendance. Si opposer me semble être une grave erreur, la tendance est trop forte pour y résister.

Le développement économique a longtemps ignoré le problème des ressources au sens large. Mais la fin de l’ère du pétrole à bon prix va rappeler brutalement au monde que ressources abondantes ne riment pas avec inépuisables. Certains diront que, le charbon et ses grandes réserves, est la solution, mais nous abordons un second problème qui va s’additionner à celui des ressources, c’est celui des rejets….

Ceci n’est qu’un avis, et reste donc à consommer avec modération.

Dr Thomas Chaize

*1 : Sauf l’uranium, pour des raisons que je développerai dans un autre sujet.
*2 : L’immense avantage d’écrire avec la problématique économique des investisseurs, c’est que ceux-ci abandonnent plus facilement leurs préjugés pour un pragmatisme que leur imposent la nécessité de résultats.
*3 : La science a certes des solutions pour atténuer les effets du pic de production en diminuant la consommation d’énergie, mais elle n’en a pas pour découvrir miraculeusement de nouvelles ressources. Nous demandons aujourd’hui plus qu’il n’est possible, nous refusons le monde tel qu’il est et demandons aux sciences dites « molles » et « dures » de le construire à l’image de ce que nous aimerions qu’ils soit et non plus ce qu’il est. Je peux écrire ces lignes parce que mon site est gratuit, que je n’appartiens à aucun laboratoire de recherche, si c’était le cas il est très probable que je me serais auto censuré et que je n’aurais jamais écris ses lignes.
*4 : Si vous ne voulez lire qu’une ligne de cet article, c’est la plus importante.
*5 : Individus, entreprise ou pays.

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