La consommation mondiale de pétrole : Nord et Sud.

La baisse de la consommation mondiale de pétrole est très à la mode depuis quelques mois, plus précisément la baisse de consommation du pétrole en Amérique du Nord et en Europe. Il ne faut pas confondre la consommation de pétrole des pays du Nord avec la consommation mondiale de pétrole.
Même si la baisse de la consommation du pétrole en Amérique du nord et en Europe est probable, elle est moins évidente à l’échelle mondiale.
La question est de savoir si la baisse de consommation de pétrole en Amérique du nord et en Europe sera compensée par les pays du sud ?

dessin du site petrorama sur la consommation mondiale de pétrole

I. La consommation mondiale de pétrole.

  • Nord (Amérique du nord – Europe) :
    1 milliard d’habitants, soit 15% de la population mondiale.
    La consommation de pétrole est de 16.4 milliards de barils de pétrole par année, soit 52% de la consommation mondiale de pétrole.
  • Sud (i.e le reste du monde) :
    5,6 milliards d’habitants, soit 85% de la population mondiale.
    La consommation de pétrole est de 14.6 milliards de barils de pétrole par année, soit  47% de la consommation mondiale de pétrole.

Depuis 1965, la consommation de pétrole de l’Amérique du nord et de l’Europe progresse de 61,7 %, cependant pour le reste du monde la progression est de 620%. Malgré tout, ce dernier consomme 7 fois moins de pétrole par habitant que l’Amérique du nord et l’Europe réunis.
Depuis la crise pétrolière des années 1980, la consommation de pétrole du Nord stagne alors que celle du Sud augmente. Depuis 30 ans, la croissance de la consommation mondiale de pétrole a lieu dans les pays dits du Sud et non plus au Nord…

Graphique de consommation mondiale de pétrole de 1965 à 2007

II. La consommation de pétrole par habitant

Un Américain consomme 25 barils de pétrole  par an, soit 3 977 litres de pétrole par année.
Un Allemand consomme 10,6 barils de pétrole par, soit 1 685 litres de pétroles par année.
Un Brésilien consomme 4.2 barils de pétrole par an, soit 669 litres de pétrole par année.
Un Chinois consomme 2.1 barils de pétrole par an, soit 347 litres de pétrole par année.
Un Indien consomme 0.9 baril de pétrole par an, soit 145 litres de pétrole par année.

La consommation mondiale de pétrole par habitant

Un Brésilien consomme 6 fois moins de pétrole qu’un Américain, un Chinois douze fois moins et un Indien 28 fois moins…
Si la Chine et l’Inde accèdent au même niveau de consommation de pétrole que celui du brésil, la consommation  pétrolière augmenterait de 300% ! La consommation mondiale augmenterait alors de 20%, pour passer de 85 millions de barils de pétrole par jour à plus de 102 millions de barils par jour (sans compter la hausse de consommation des autres pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique du sud et du Moyen Orient…).
Une production mondiale de 100 millions de barils par jour, c’est justement la prévision de production maximum d’un grand groupe pétrolier. Au delà des estimations de certains spécialistes indépendants, ils envisagent un maximum en forme de plateau entre 90 et 100 millions de barils de pétrole par jour. Cette production reposera principalement sur des pays pétrolifères comme l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite, le Nigeria, l’Angola (stabilité politique…), les huiles lourdes et sables bitumineux du Venezuela et du Canada (problèmes : technique, rendement énergétique, prix…).
Considérant la consommation massive des pays du Nord, nous pouvons alors envisager une éventuelle baisse, cependant il faudrait aussi prendre en considération une hausse des pays du Sud qui actuellement consomme peu.
Les 15% de la population mondiale du « Nord » consomment la moitié de la production mondiale de pétrole, les 85% de la population mondiale du « Sud » consomment l’autre moitié de la production mondiale de pétrole. Toutefois, le Sud  a :

  • Une croissance démographique supérieure.
  • Une croissance économique plus importante.
  • Des usines délocalisées, du Nord au Sud.
  • Adopte le mode de vie fortement énergivore du Nord.

A la vue de la répartition de la consommation mondiale de pétrole et de la réorganisation planétaire de l’économie, la baisse de consommation du nord pourrait être aisément compensée par la hausse de consommation du Sud dans les années qui viennent.
La crise fait baisser le prix du baril de pétrole à court terme dans une sorte de réflexe Pavlovien de l’équilibre offre demande, cela va être dévastateur à long terme pour la production mondiale de pétrole. La crise ne  permet pas de trouver de nouveaux gisements de pétrole, elle empêche même l’exploration et le développement de nouveaux gisements par l’effondrement des investissements dans le secteur pétrolier. Même l’A.I.E (Agence internationale de l’énergie), dont l’optimisme n’est plus à démontrer, annonce qu’en l’absence d’investissement massif le déclin des 800 plus grands champs pétroliers serait de 9% par an.
Le baril de pétrole à 50 dollars est une aberration temporaire des prix à court terme qui va avoir des conséquences cycloniques sur ces mêmes prix du baril de pétrole à long terme. Plus nous resterons longtemps à ce niveau de prix, plus la prochaine vague de hausse du prix du baril de pétrole sera violente, nous sommes dans l’œil du cyclone.

« Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai connu, celui que j’ai aimé, avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d’humains. Ce n’est plus le mien ». Claude  Lévi-Strauss

Dr Thomas Chaize

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