Christophe De Margerie, extrait 2008.

Voici un extrait d’une audition de Christophe De Margerie (1951-2014),  directeur général (2007-10) et président directeur général de la compagnie pétrolière Total de 2010 à 2014.
Le mercredi 4 juin 2008 à l’Assemblée Nationale.
Pourquoi cet extrait ?
Christophe De Margerie avait un franc parlé et de l’humour, ce qui rend la plupart de ses interviews à la fois très intéressantes et agréables à lire ou écouter. Je trouve particulièrement intéressant les passages sur la spéculation et le cout marginal.

« Il faut avoir le courage de dire que le prix des hydrocarbures sera durablement élevé. Même si j’espère que l’on va arriver à stopper cette hausse.

Il faut avoir le courage de dire en même temps, probablement, il n’y aura plus beaucoup de pétrole à la fin de ce siècle, et on va revenir sur la notion de différence entre capacité de production et réserve.

Quand je dis qu’il n’y aura plus de pétrole à la fin de ce siècle, ceux sont les réserves, le problème de capacités de production c’est pas à la fin du siècle c’est beaucoup plus tôt.

Aujourd’hui, je pense que vous allez poser la question sur cette notion ou pas sur « y a-t-il un problème de spéculation » ? Bien sûr qu’il y a de la spéculation ! mais expliquer que les prix du pétrole augmentent depuis 1999. En passant de 12 dollars à 130 et dire que c’est de la spéculation je suis désolé de dire que c’est soit ignorant, soit très con, soit une volonté de tromper et ça c’est beaucoup plus grave, parce que le vrai sujet est que les vannes sont aujourd’hui ouvertes à fond, que les pétroliers produisent à fond. 

Et qu’un seul pays producteur a aujourd’hui des capacités disponibles c’est l’Arabie Saoudite. Et compte tenu des incertitudes qu’il existe dans le monde heureusement que c’est même pas 2 millions de barils par jour sur 86 sont là pour éviter qu’en cas d’une crise majeure, par exemple au Nigeria, où j’aurais l’occasion de revenir sur ce qui se passe dans ce pays, que nous avons-nous beaucoup de gens qui travaillent là-bas, qu’ils soient nigérians ou expatriés, qui travaillent dans des conditions difficiles, que vous le savez très bien, ils sont malheureusement de plus en plus souvent sujets à des agressivités majeures, kidnappés, et que nous-même, Total nous posons des problèmes sérieux sur jusqu’où va-t-on dans notre code de conduite qui dit que nous maintenons notre personnel à risque.

Maintenant je peux vous dire clairement que si Total et les compagnies pétrolières décidées de partir du Nigeria demain matin pour des raisons de sécurité, et là vous pouvez tous dire ce que vous voulez c’est pas 130$, c’’est x, plus, que l’on verrait ! Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là il n’y aurait plus suffisamment de pétrole disponible et contrairement à une idée male j’allais dire, propage, c’n’est pas parce qu’il n’y pas suffisamment de pétrole aujourd’hui pour faire face à la demande que ça n’entraîne pas un tirage des prix vers le haut par la spéculation ça consiste pas à dire que tant qu’il y a du pétrole les prix doivent rester bas. Ça veut dire que tant que l’on est trop prêt et à risque, il y a une tension. C’est un cours d’économie de base.  Donc étant dans une commission économie et finance, je crois que tout le monde doit comprendre ça. Les pays producteurs en profitent pour dire vous voyez que c’est de la spéculation, car il y assez de pétrole. Mais vous savez tous très bien, et je peux vous faire la liste, entre les décisions que nous prenons sur l’Iran, les problèmes de l’Irak, les problèmes du Venezuela, les problèmes de la Colombie, l’incertitude au Nigeria, et j’ai pas envie de vous faire une longue liste. Et en plus, et ça c’est un peu nouveau, une volonté, qui est une bonne chose, de pays comme l’Alberta qui était considéré comme le libéral, le plus cowboy  du terme, de durcir ses positions pour des raisons environnementales qui a donc effet de repousser ses productions d’huile non conventionnelle. Bien l’ensemble de ces choses fait que l’on a beau dire « y cas, faut qu’on » ça n’est pas possible ! et c’est la raison qui fait les prix du pétrole sont aujourd’hui élevés et si Total partait avec nos autres collègues de l’industrie du Nigeria. 2 millions par jours en moins, c’est plus que l’excédent disponible de l’Arabie saoudite, et donc en toute simplicité on serait là, on serait confronté à un véritable, j’allais dire manque d’énergie et pour le coup des prix qui flamberaient puisque dans nos marchés à partir du moment où vous êtes en marginal, pas capable de livrer, que les prix s’enflamment.

Puis je dirais clairement que dans notre responsabilité, le courage c’est de rajouter au panel de ce que nous faisons en terme industriel et pétrolier, que nous avons une responsabilité sociétale, aussi bien des pays avec lesquels nous travaillons, que en France, que sur l’environnement, et qu’à nouveau on a décidé d’ajouter dans la liste de nos engagements, une liste qui est exclusivement dédiée à l’environnement et ceci est absolument incontournable. Donc le message fort, sur lequel on reviendra pour répondre à votre question sur « a-t-on besoin d’énergie nouvelle » bien sûr qu’on en a besoin, bien sûr que tous ceux qui nous ont dit que les pétroliers, pendant des années, avaient tout fait pour garder les prix du pétrole bas pour éviter que les énergies de substitution, paraît-il, se développent, et bien à ce moment-là, je l’ai déjà dit plusieurs fois en interne, on devrait tous nous virer, parce que passer de 20$ à 130$ ça prouve clairement qu’on n’a pas réussi, ça prouve surtout clairement que ceux qui pensaient qu’on maintenait les prix bas pour permettre le « non-développement », je fais volontairement du négatif, le développement des énergies de substitution se trompe, que le problème des énergies de substitution n’a rien à voir, on le sait bien aujourd’hui, avec le prix de l’énergie puisque même à 130 dollars par baril, nous sommes obligés de subventionner ces énergies dites de substitutions et vous le savez très bien et vous savez pourquoi et il faut arrêter de raconter des carabistouilles pour faire plaisir. Il y a de vrais sujets il est temps maintenant de les ouvrir! »

Ce contenu a été publié dans Energie, La production de pétrole, Pétrole, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *